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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 15:09

 

"Ceci n'est pas une plaisanterie"

 

 

Le 27 novembre 2012, au Plateau à Eysines dans le cadre de Novart, une salle comble a pu assister à la première du spectacle mis en scène et écrit par Sébastien Laurier : L'affaire coincoin ou la débâcle du monde. Un jeune spectacle rafraîchissant, très engagé écologiquement, qui nous embarque dans une quête planétaire : mais où diable sont passés les coincoins ?

 

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Pour aborder de la meilleure façon le spectacle, il faut explorer ce qui a pu se passer en amont. En effet, l'écrivain/metteur en scène Sébastien Laurier est tout d'abord un historien, il s'attache à des faits réels, concrets, historiques avant de commencer un éventuel travail de création. C'est d'abord le cas avec son premier spectacle Mais que sont les révoltés du bounty devenus ?, créé en 2008 où Sébastien Laurier entreprend un vrai travail d'investigation, il se rend sur la terre des Bountys, enquête sur ce fait divers avec des anthropologues, des sociologues, les habitants du pays. Il part de faits réel pour créer sa fiction. C'est aussi le cas de L'affaire coincoin ou la débâcle du monde, il va aller au Groenland, à l'endroit où un glacier à été choisi par la NASA, pour y lancer 90 canards en plastiques jaunes afin d'étudier la fonte des glaciers, les courants marins et autres phénomènes climatologiques.


Suite à ce voyage, il publie son journal de bord de ce voyage au Groenland Passeport pour le Groenland – journal d’un chercheur de coincoins. Ensuite, émerge le projet de la pièce, il contacte sa future équipe artistique, dont deux comédiens Pascal Vannson, Vincent Nadal et une chorégraphe Sabine Samba. Le désir d’intégrer la danse à son projet a pour finalité de créer un langage universel, qui dépasse la barrière de la langue (notamment pour la population Inuit). Et pour donner naissance à un des thèmes principaux du spectacle : créer du buzz grâce à une flash mob1. Il organise également une exposition/installation « Coincoin – Vestiges d’une quête » en septembre 2012 à Eysines. Enfin il crée avec ses deux comédiens une forme courte du spectacle, des Appels à Coincoin qui informent la population sur l'existence des coincoins, de l'urgence climatique, de la véritable existence du Bureau des Chercheurs de Coincoins et leur faire comprendre un fait essentiel :

 

« Tout ce que nous allons vous raconter ce soir est rigoureusement exact.

Ceci n'est pas une plaisanterie. »

 

 

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Le spectacle est construit en deux espaces, l'espace du présent, avec L'appel à Coincoin joué par les deux comédiens, hors du plateau, rideau fermé, face aux gradins avec la salle allumée ; c'est une séquence qui intègre directement le spectateur avec des adresses public, le don de canards en plastiques, de cartes du bureau des chercheurs de Coincoin, qui expliquent pourquoi les spectateurs et eux-mêmes sont réunis au théâtre : pour aider Karl et Simon (les deux protagonistes) à poursuivre leur quête de Coincoin. Ensuite il y a l'espace de la fiction. Le rideau s'ouvre sur un décor de bureau, bleu arctique, avec un aquarium à expériences pour tester les composants chimiques des canards, un tableau démesurément grand, où sont affichés des dessins d'enfants, des photos, des rapports écologiques, une multitude de post-it, un écran tombe des cintres où sera diffusé différentes vidéos du Groenland, des chercheurs sur place. Enfin trois bureaux, celui de Karl, rempli de canards jaunes, celui de Simon, un simple ordinateur, très ordonné, et un bureau vide, à jardin, qui figure le troisième chercheur, Marc, parti au Groenland pour chercher désespérément des Coincoin.

Ces bureaux sont accompagnés de cubes qui ont fonction de sièges, ces différents éléments sont munis de roulettes qui permettent un déplacement rapide et fluide dans l'espace. En effet, le spectacle se déroule toujours dans l'espace du bureau, mais entre chaque séquence s'effectuent des « changements » faits en lumière basse, sur la musique de Tchaïkovski du Lac des cygnes, où les comédiens modifient à vue l'emplacement du bureau, de manière très chorégraphiée. Ce dispositif souligne le côté métathéâtral de la pièce, qui est une notion dont le metteur en scène est très proche : il ne voulait pas que sa mise en scène « fasse trop théâtre ».

 

Ce spectacle joue beaucoup sur l'onirisme, l'espace du rêve en référence au territoire Inuit, territoire des chamans, qui « à de trop belles images, fait remonter beaucoup trop d'émotions ». En effet, nous suivons des hommes qui, bien qu'en quête de Coincoin, sont aussi en en attente du départ au Groenland afin de retrouver leur compagnon resté sur place, qui n'a plus l'argent pour revenir et qui, trop bouleversé par le pays, commence un Into the Greenland. Les séquences de rêves sont annoncées par un changement d'état lumineux, qui passe d'une ambiance chaude d'intérieur de bureau, à une ambiance froide, ressentie grâce à l'utilisation CTO2. Ces références oniriques sont tout d'abord évoquées par le texte, avec la narration d'un rêve de la danseuse, Betty, qui rêve qu'un phoque lui explique la destinée tragique des océans. Ensuite, le rêve est évoqué en fin de spectacle, quand le destin des personnages est fait, ils n'ont plus d'argent, ne savent plus quoi faire pour continuer la quête, à part tout vendre et partir au Groenland. Les rêves se sont envolés, nous sommes face à la débâcle, la danseuse Betty s'est transformée en Sedna, une déesse Inuit des animaux, qui entame une chorégraphie très mystique, aux mouvements saccadés, comme bloqués par le froid et le temps. Ceci donne une note effrayante au spectacle, avec ses jeux d'yeux blancs, de doigts crochus, et de mouvements désarticulés.

 

Comment ce sujet, aux approches à la fois effrayantes et rébarbatives concernant l'avenir de notre planète, peut-il être vu différemment ? En y exploitant tout l'aspect comique et la relation scène/salle. En effet, en le rendant abordable, et en impliquant le public au spectacle, le sujet permet d'être abordé de manière plus séduisante. Une des problématiques essentielles du spectacle est : comment faire rire le spectateur ? Pourquoi le faire rire ? Pour mieux le séduire et le faire rentrer dans le spectacle. On touche au réel, il y a les odeurs, le toucher, les corps, le théâtre. Le message porté par la pièce, impacte directement le spectateur. Pari réussi ! Ce spectacle intègre habilement la trame comique. La salle à de nombreuses reprises, a été gagnée par des élans de rires francs. Le côté très touchant, engagé, désespéré de cette quête, abordé comme futile de prime à bord, aux yeux des spectateurs, prend tout son sens, au long du spectacle.

 

La quête des Coincoin va continuer, même sans le théâtre, car nous avons pu constater que c'était un spectacle ayant eu un réel travail antérieur, tout d'abord pour nourrir le propos mais aussi, c'est un réel désir de la part de l'équipe artistique de créer du buzz, et d'éveiller des consciences bien après le spectacle.

 

La quête est loin d'être terminée... Affaire à suivre.

 

 

 

Juliette Cousin-Genty


1 vidéo de la flashmob crée par Sabine Samba : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Bbn0xxjPPPQ

2Color Temperature Orange, gel teinté pour coloration de projecteurs.

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