Avant-papiers

Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 10:08

 

Présenté au Glob Théâtre, du 5 au 14 avril 2012

 

 

Skai-TPV-1.jpg

© Skaï

 

 

La Compagnie du Soleil Bleu a été créée par Laurent Laffargue à sa sortie du Conservatoire de Bordeaux en 1992. Il en signe toutes les mises en scènes, oscillant constamment entre textes classiques (Molière, Shakespeare) et textes contemporains (Edward Bond, Harold Pinter ou Pauline Sales). La Compagnie sera nommée aux Molières en 2006 dans la catégorie « Molière de la Compagnie ». Pour Skaï, le spectacle aura été crée autour de textes de Sonia Millot (comédienne et auteur travaillant régulièrement pour la compagnie) et Vincent Nadal (auteur et interprète), sans compter les interventions musicales d'Hervé Rigaud (musicien, acteur, chanteur).

 

Skaï : une matière. L’expression protéiforme des ados sur la toile. Aucun « sujet du monde » ne leur échappe … Un monde secret. Une impudeur sans limite. Paradoxe déroutant, paradoxe permanent. Être c’est être vu et commenté. Qu’importe le prix à payer.

Skaï : Un personnage. Un homme. Quarante ans. Il cherche. Il découvre. Il copie-collectionne. Frénétique. Que regarde-t-il ? Qui regarde-t-il ? Lui ? Les ados ? Le monde ? Vous ?

Skaï verse et renverse dans tous les sens « les images-vidéo-photo, les voix, les mots, la vie, les sentiments des adolescents et des adolescents que nous ne sommes plus. »

 

Au départ de cette création, il y a la volonté de s'intéresser aux adolescents et à leur vie virtuelle, cette vie que personne n’écoute plus. On se dit que les adolescents sont trop loin de nous, qu’ils n’ont aucune conscience du monde qui les entoure et de toutes ces préoccupations « bassement matérielles » qu’il faut avoir une fois qu’on a dépassé un certain âge. Mais Skaï, justement, montre le contraire. Et si les adolescents avaient précisément une vision intéressante du monde liée à leur approche sensible de ce qui les entoure ? Et si, pour une fois, on leur laissait la parole ? À partir de textes trouvés sur des blogs, d’autres écrits par des collégiens du lycée Pablo Neruda de Bègles et des lycéens du lycée professionnel des Chartrons à Bordeaux (avec lesquels Vincent Nadal et Sonia Millot ont mené un travail sur toute une année avec pour point de départ le mythe d’Orphée et Eurydice), la Compagnie a voulu créer un spectacle qui soit le reflet de cette vie si riche que les adolescents vivent sur internet et peut-être, nous donner la possibilité de nous rappeler que nous étions des ''ados'' … il n’y a pas si longtemps.

 

« […] nous évoquions un espace qui soit avant tout celui des spectateurs ? Où désirions-nous les accueillir pour partager notre voyage intime ? Le rapport « intimité et parole publique » est devenu l’enjeu de cet espace. Donner à entendre et à voir en toute liberté. »

 

Au moment d'aller chercher son billet d'entrée, chaque spectateur reçoit une feuille avec un texte d'apparence quelconque ajouté à la bible, mais aussi une petite étiquette sur la main : chacun se voit attribuer un pseudonyme selon le type de personne que l'on pourrait être sur internet. Avant que le spectacle ne commence, le public s'installe librement dans les îlots de gradins. Ces îlots, composés de quatre rangs avec un petit banc rouge à l'avant, sont disposés de façon particulière : imaginez un espace carré dont un des côtés est entièrement dédié à un panneau servant d'écran et de cabine, et dont les côtés restants comportent cinq ''îlots'' de spectateurs. Le centre est plutôt vide sans la présence de l'acteur ou du projecteur. Mis à part ces détails, cet espace dédié au public, qui investit les trois quarts de la salle, se confond avec l'espace dédié aux vidéos projetées, et également avec l'espace scénique des acteurs. En effet, la performance scénique reste au rendez-vous et vient équilibrer le spectacle fait de vidéos. Entre solo de guitare, chanson et jeu d'acteur, trois professionnels viennent dynamiser le propos du spectacle. Le comédien principal, Vincent Nadal, jongle entre les différentes interactions possibles avec le public : adresse directe, pluie de photos qu'il donne aux spectateurs les plus près de lui, trinque avec un spectateur, demande des réactions de la part du public - juste avant la fin.

 

Cette création est une manière de nous montrer ce que permet le monde d'internet aux jeunes. Beaucoup d'internautes se font connaitre par l'intermédiaire d'internet en y postant leurs vidéos de chansons, de commentaires sur un sujet qui leur tient à cœur ou en participant à un genre littéraire encore méconnu : les articles de blog (skaï-skyblog) recèlent tous les formes picturales existantes. C'est à travers internet que les jeunes ados construisent leur culture et leur identité. On découvre aussi que les jeunes échangent beaucoup par internet pour communiquer d'une région à une autre, d'un pays à un autre, d'où le choix de projeter des vidéos en anglais. On voit donc qu'internet est devenu un outil essentiel à la communication et au développement culturel, à l'ouverture sur le monde. En plus d'être un outil pédagogique ou un outil médiatique, c'est un moyen d'expression personnelle.

 

« Je ne vous comprends pas, les gens. »

 

 

Sources et sites et articles à consulter :

Des articles de présentation du spectacle :

http://mutualise.artishoc.com/iddac/media/5/fiche_orphee_skai.pdf

http://www.iddac.net/site.php?rub=1&docId=219082

http://www.globtheatre.net/index.php?option=com_content&view=article&id=228&Itemid=313

 

Le dosier de presse du spectacle :

http://www.compagniesoleilbleu.fr/wp-content/uploads/2012/04/dossier-SKAI.pdf

 

Le site de la Compagnie du Soleil Bleu : http://www.compagniesoleilbleu.fr/

 

Le blog de travail autour d'Orphée et Eurydice : http://skai-orphee.eurydice.over-blog.com/

 

 

Pour aller plus loin :


Comment l'espace scénographique invite-t-il / enferme-t-il / inscrit-il le spectateur dans les thématiques développées par le spectacle ? Par suite, comment le traitement de ces thématiques fait-il se confronter les relations entre parole intime et parole publique ?

 

Articlé réalisé par Clémence Biensan,  Emeline Pallatier et Floran Pedeflous.

Par krinomen - Publié dans : Avant-papiers - Communauté : Spectacle vivant
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Samedi 21 avril 2012 6 21 /04 /Avr /2012 16:07

 

 

Spectacle présenté le 6 mars, salle Le Royal de Pessac

 

Molière :


Le comédien et dramaturge français Molière, de son véritable nom Jean-Baptiste Poquelin, est né en 1622 et mort en 1673, à Paris. Issu d’une famille bourgeoise marchande, il se consacre au théâtre à l’âge de 21 ans. Il fonde avec d’autres l’Illustre théâtre en juin 1643, qui fera faillite deux ans plus tard, en août 1645. De 1646 à 1658, il parcourt l’ouest puis le sud de la France, avant de revenir à Paris où il entre sous la protection du frère du roi Louis XIV. Il nomme alors sa troupe : Troupe de Monsieur. Il connaît ses premier vrai succès en 1659 avec Les précieuses ridicules. Par la suite, bien que soutenu par Louis XIV, il affronte néanmoins de nombreux détracteurs avec sa troupe. Il écrit de nombreuses comédies en tout genre (farce, satire sociale, etc.) en vers comme en prose. Molière continue à jouer, et c’est à la suite de la quatrième représentation de sa pièce Le malade imaginaire qu’il décède le 17 février 1673, d’une « fluxion à la poitrine ». (Pour une biographie plus complète, voir le site dédié à l'auteur et géré par la ville de Pézenas : http://www.toutmoliere.net/chronologie.html).

 

Laurent Rogero :

 

Comédien, auteur et metteur en scène, Laurent Rogero a étudié le théâtre en section professionnelle du Conservatoire régional de Bordeaux de 1990 à 1993, puis au Conservatoire Nationale Supérieur d’Art Dramatique de Paris, suivant l’enseignement de Daniel Mesguich, de Philippe Adrien et de Dominique Valadié. Il cofonde le groupe Anamorphose à bordeaux en 1994 et commence par mettre en scène des auteurs du XXe siècle. Il recherche alors un rapport comédien – spectateur plus intime. Il commence à écrire pour le théâtre, croisant les disciplines et les pratiques (notamment l'acrobatie, le travail du masque et les marionnettes). Laurent Rogero continue à jouer et a tourner avec Anamorphose en écrivant et adaptant des pièces à la scène. Il est notamment dirigé dans sa carrière de comédien par Daniel Mesguich, Brigitte Jaques, Jean-Luc Terrade, Dominique Pitoiset et Jean-Louis Thamin.

 

La compagnie Anamorphose :


Créée en 1994, la compagnie Anamorphose est accueillie en résidence au Centre Dramatique National de Bordeaux (TNBA), de 1998 à 2001. Elle sort des théâtres pour tourner dans les communes grâce à un théâtre itinérant, manège en bois avec des gradins de toutes parts. Ainsi équipé, le groupe peut jouer dans les gymnases, sur les places des communes, et dans les salles des fêtes. Les membres de la compagnie défendent un théâtre populaire au travers de différents compagnonnages, en mêlant création amateurs et programmation professionnelle.

La compagnie s'intéresse également au théâtre d’objet, un théâtre qui laisse libre cours à l’imagination, mêlant le fantasque, le ludique et le poétique. De cette façon tout objet ou corps porte un texte à la compréhension de tous, sans limite d’âge, tout en s'adaptant à la rue et à la scène. Ainsi la volonté est de questionner et d’ouvrir la vision du monde, en parcourant des chemins qui mènent à soi et les prolongeant pour accueillir l’autre. (source : http://groupe-anamorphose.com/anam/).

 

L'histoire :

Cette comédie en 5 actes présente les conquêtes du libertin, qui délaisse les femmes après les avoir séduites, et de son valet Sganarelle, des frasques qui conduisent l'infidèle à la mort.

 

La représentation :

 

laurent-rogero-dom-juan.jpg

(© DDM, Bernard Telsa)

 

Un cube rouge, un masque rouge, de la glaise, un acteur, voilà ce qu'est le Don Juan de Laurent Rogero. Présentement, voilà une scénographie épurée, une scène donc, composée de ce cube rouge et de quatre boules de glaise disposées autour. Dès le début, nous remarquons l'importance de la couleur rouge, présente dans le masque, le cube ainsi que le tee-shirt de l'acteur.

Sganarelle prend vie lorsque le comédien enfile le masque, tandis que le visage de Don Juan prend forme dans le comédien lui-même, à travers le visage nu de L. Rogero. Le masque de Sganarelle rappelle les masques de la comedia dell'arte. Les autres personnages prennent vie dans la glaise que l'acteur sculpte devant nous. Laurent Rogero se sert parfois de ses vêtements ou d'une partie de son corps pour donner de l'épaisseur aux personnages de glaise.

 

Ce qui transparaît dans le choix de mise en scène, et d'un point de vue dramaturgique, c'est l'importance du personnage de Don Juan et son influence sur les autres dans la pièce. Le fait d'avoir donné au personnage éponyme le visage nu, laisse une trace de Don Juan dans tous les autres personnages. L'utilisation des marionnettes donne un effet de manipulation omniprésente de Dom Juan, mettant en exergue la dualité Sganarelle/Dom Juan. En effet, le fait d'incarner lui-même les deux personnages crée une tension avec, d'un côté, un homme nihiliste, sûr de lui et rationaliste et, de l'autre, un fervent croyant, soumis à son maître. L'utilisation du masque sert beaucoup cette intention.

 

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(© Jean-Claude Faure)

 

Quelques liens :

 

Le site de la Compagnie Anamorphose : http://groupe-anamorphose.com/anam/

 

Un extrait vidéo du spectacle réalisé par la Compagnie : 


 

 

 

 

Pour aller plus loin :

 

Comment Laurent Rogero présente-t-il / re-présente-t-il / performe-t-il avec le texte de Molière ?

Comment les marionnettes s'intègrent-elles dans la dramaturgie et dans le spectaculaire ?

 

 

 

Article réalisé par Alice Canet, Emma Dupin et Vivien Thomas.

Par krinomen - Publié dans : Avant-papiers - Communauté : Spectacle vivant
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Samedi 21 avril 2012 6 21 /04 /Avr /2012 14:33

 

Spectacle présenté du 20 au 22 mars 2012 au TNBA


 

1414.jpgGermaine Acogny dans Songook Yaakaar

© Michel Cavalca

 

 

« L’auteur-danseuse »


Germaine Acogny est une danseuse et chorégraphe franco-sénégalaise considérée par ses pairs comme la « mère de la danse africaine contemporaine ».

Elle est née au Bénin en 1944. Bercée depuis sa plus tendre enfance, par la gestuelle de sa grand-mère, elle se passionne pour la danse et crée son premier studio à Dakar en 1968. Puis de 1977 à 1982 elle est nommée Directrice Artistique de Mudra Afrique, une école créée par Maurice Béjart et Léopold Sédar Songhor. Grandie par l’expérience acquise au fil des années, elle met progressivement en place sa propre technique de danse africaine moderne. En 1997, Germaine Acogny se voit confier le poste de Directrice Artistique de la section danse d’Afrique en création à Paris. Afin d’initier des danseurs de toute l’Afrique à la danse africaine contemporaine, elle crée au Sénégal, avec l’aide de son mari, l’Ecole des Sables, Centre international de danses traditionnelles et contemporaines d’Afrique. Germaine Acogny rencontre aujourd‘hui un succès planétaire et se constitue en réel émissaire de la danse de la culture africaine.

A noter qu’à cette reconnaissance s’ajoutent de nombreuses distinctions telles que Chevalier de l’Ordre du Mérite, Officier des Arts et des Lettres ou encore un BESSIE Award pour la chorégraphie de la pièce Fagaala en 2007.

 

Songook Yaakaar


« Songook Yaakaar » ou « Affronter l’Espoir » en langue wolof, est un solo très engagé de Germaine Acogny dans lequel sont  traités d’un ton drôle et léger des sujets de fond sérieux comme la mondialisation ou encore l’immigration clandestine. Alliant ses racines africaines à la modernité, la chorégraphe réalise un subtil et harmonieux mélange de danse, de mots, de musiques et de vidéos. Germaine Acogny a fait appel à des professionnels d’horizons différents pour produire son spectacle. Ainsi, dans un esprit de dialogue et de collaboration, Bernard Mousnier (texte), Pierre Doussaint (Chorégraphie), Fabrice Bouillon (Musique), Frederic Koening, Angélique Diedhor et Horst Mulberger (création vidéos, costumes et lumières), par leur hétérogénéité et leur grande complicité artistique ont permis « à la mère de la danse contemporaine africaine » de réaliser un spectacle des plus aboutis. Germaine Acogny, à travers ses pas de danse mûrs et réfléchis, nourris de 35 années d’expérience, cherche à répliquer aux médisants sur l’Afrique. Pour cela, elle utilise la « parenté à plaisanterie », une coutume africaine courante qui consiste à se moquer de soi sans épargner les autres. A noter que, pour la première fois, elle prend la parole, persuadée que le moment est venu de poser des mots sur ses pas de danse.

Lorsque Songook Yaakaar débute, la danseuse se situe dans le public. Elle intègre alors le spectateur dans la pièce en brisant le « quatrième mur ». Sur la scène, ne sont présents que peu d’éléments très simples. En effet, on retrouve une table et une chaise qui pourraient, dans l’absolu, donner l’impression au public d’assister à une conférence. Cependant en renversant ces dernières, Germaine Acogny tient à nous faire comprendre qu’elle ne les supporte plus, les assimilant à une entrave à la liberté de mouvements et de gestuelle. Puis, « la mère de la danse contemporaine africaine », en réalisant une succession de pas, ouvre l’espace, le libère de toutes contraintes et élargit ainsi la scène. A noter qu’en plus du mobilier, se trouve sur le plancher un bol d’eau, symbole culturel de son Afrique natale. A son bras, Germaine Acogny tient un panier dans lequel repose son micro et une casquette qu’elle revêtira dans son show  lorsqu’elle répètera « mondialisation ». Le spectacle est animé par des musiques actuelles au rythme des percussions et des vidéos, indices de  modernité, représentant  la culture africaine par les danses traditionnelles et autres coutumes du berceau de l’humanité et dans lesquelles elle parvient parfois à s’immiscer. Ces nombreuses références témoignent de son attachement à sa terre natale. Et lorsqu’on lui dit : «On est bien ici… », elle rétorque : « oui mais on est aussi bien là-bas ». Malgré tout, lors de traversées de scènes, les pas lourds qu’elle semble exécuter avec difficultétendent à imager l’âpreté de la vie en Afrique. De manière itérative, Germaine Acogny lance « Je suis de passage », insistant ainsi sur le caractère éphémère de sa présence sur scène et sur Terre. Cela pourrait, à l’instant où l’on découvre la signification du nom « Acogny », former une douce et fine antithèse. En effet, la chorégraphe nous apprend que son patronyme signifie « le clan ne doit jamais disparaître ».

Enfin, en ce qui concerne l’éclairage, les jeux de lumières, en nuançant les différentes scènes, sortent le spectacle d’une monotonie et d’une linéarité qui pourraient l’affecter et jouent ainsi un rôle prédominant. Les costumes, quant à eux, restent très simples (justaucorps, tenue noire ou encore robe africaine rappelant ses origines…).

Hypothétique symbole de l’espoir, les pétales de fleurs parachèvent la performance de Germaine Acogny.

 

 

1413.jpg Germaine Acogny

© Manon Milley

 

Pour aller plus loin :


Comment la danse et la mise en scène portent-elle les convictions politiques de Germaine Acogny ?

Comment le spectateur est-il invité / devient-il le relais de ces convictions politiques ?


Quelques liens internet intéressants


Un article de Youssouf Chinois : http://www.au-senegal.com/Songook-Yaakaar-Germaine-Acogny,3160.html


Des extraits du spectacle : http://www.youtube.com/watch?v=tnpC7Joxcp4

 


 

 

 

Article réalisé par Aurore LARGEAU, Marie GOURGUES et Justine FRAUD.

 

 

 

 

 

 

 

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Samedi 21 avril 2012 6 21 /04 /Avr /2012 12:35

 

Spectacle présenté au TNBA du 8 au 24 Mars 2012

 

 

DEBRIS2 ©Maitetxu Etcheverria© Maitetxu Etcheverria

 

Présentation de l’auteur, du metteur en scène et du Collectif Os’O :

 

Dennis Kelly, issu d'une famille modeste, est né en 1970 à Londres, où il y vit encore. Après des études de théâtre au Goldsmiths College, il écrit 9 pièces, dont Débris. Entre pièces de théâtre, traduction (Le Prince de Hombourg de Kleist, 2010), signature de livret (Matilda, A musical de Roald Dahl) et scénario de cinéma ou de sitcom,  il consacre sa vie à l'écriture. Sa dernière pièce, The gods weep a été montée par la « Royal Shakespeare Company »,  en 2010.

 

Baptiste Girard, metteur en scène et acteur (Michael) de Débris, entre au conservatoire de Rouen en 2007, dans la classe Maurice Attias. Parallèlement, il continue les ateliers de théâtre avec Denis Buquet et Marie Meullier. En 2007, il joue Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès, mis en scène par Marie Meullier puis il intègre l'EsTBA (École Supérieur de Théâtre Bordeaux Aquitaine). Lors de sa sortie de l'EsTBA  en 2010, il joue le rôle de Perceval dans Merlin ou la terre dévastée de Tankred Dorst, dirigé par Dominique Pitoiset et Nadia Fabrizio. Il sera aussi répétiteur pour Mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller, mis en scène par Dominique Pitoiset en mars 2010 au TNBA. Il joue par la suite dans L'assommoir d'après Zola mis en scène par David Czesienski en janvier 2011, toujours au TNBA. Il est l'un des cinq fondateurs du « Collectif Os'o ».

 

 Le « Collectif Os'o » a été crée en juillet 2011 par cinq élèves de l'ESTBA (Roxane Brumachon, Bess Davies, Baptiste Girard, Mathieu Ehrhard et Tom Linto) qui souhaitaient travailler ensemble. Ils sont influencés par leur participation de la Schaubühne de Berlin (Find Festival), en Février 2011, et ouvrent le collectif à l'international, pour développer des réseaux de travail en Europe. Ils s'implantent alors à Bordeaux et montent L'assommoir d'après Zola. Entre 2011 et 2012, ils proposent des lectures dans les bibliothèques et dans la maison d'arrêt de Gradignan puis créent Débris en mars 2012.

 

La phrase suivante, extraite du dossier de presse du spectacle, pourrait leur servir de credo : « Nous ne prétendons pas pouvoir définir avec exactitude la forme artistique du théâtre que nous voulons faire, mais nous pouvons exposer nos rêves d'un théâtre libre centré sur la créativité de l'acteur. »[1]

 

Résumé de Débris :

 

Un père alcoolique qui s'auto-crucifie par vengeance, une mère qui meurt à la naissance de la cadette. Tout se joue dans une cuisine, Michelle et Michael, frère et sœur sont assis, nous regardent, se regardent, et dépeignent ces tableaux horribles, qui font office de souvenirs d'enfance. Telle une confession, à cœur ouvert, ils nous racontent. Vivant dans un milieu modeste, il faut apprendre à survivre, entre rêve et réalité. Le tableau est noir mais la tonalité alerte. Comme l’indique la note de Baptiste Girard, « dans cette triste misère, la démerde est joyeuse ».

La pièce s'ouvre sur le suicide du père, sur le modèle de celle du Christ lui-même. Il reproche ce geste d'abandon à son propre fils. Ensuite vient la mort de la mère, un récit fictif pour éviter le sujet. S'en suit la rencontre avec « onclenri », qui les enlève sous les yeux du père ivre-mort. Arrive alors la promesse d'une autre vie, avec « glaces et champagne ». Mais le retour du père ayant repris ses esprits, les ramènent à leur triste sort. Michael lors d'une course poursuite, se réfugie dans un vide ordure d'HLM, où il trouve un nourrisson, jeté, abandonné. Il le sauve « en l'abreuvant du sang chaud, de son sein vide » et le baptise Débris.

« Il est impossible de nos jours de créer quoi que ce soit d'original ». Alors que Michelle n'est que fœtus, sa mère entend cela, et se dit qu'il n'y a plus de raison de vivre ou de donner vie. Le dernier récit de Michelle sur sa mère, nous explique que finalement celle-ci est morte d'une appendicite. 

La boucle est enfin bouclée lorsque le premier tableau rejoint le dernier. Car le père s'enterre dans un mutisme et prépare sa vengeance, suite à la dénonciation de son fils, qui l'accuse d'avoir volé Débris. Ces évènements détaillés, revisités et revus par l'imaginaire des deux frères et sœur montrent qu'ils tentent tout de même de s'approprier une identité à partir d'un passé impossible à cerner.

 

A travers le langage brut d'une enfance bafouée, le texte retrace un passé flou, refoulé. Les détails s’enchaînent, s'entrecroisent, se délivrent au fil du spectacle. Dans Débris, Dennis Kelly n’utilise que très peu de didascalies. Cette absence de « cadre » laisse une grande liberté au metteur en scène. Baptiste Girard s'en saisit dans l'espoir de « donner parole à une classe populaire laissée de côté ».

Mise en scène et mise en jeu :


Le frère et la sœur sont assis, nous regardent, se regardent, hésitants, puis l'un se lève, prend la parole et nous invite à écouter. Nous rentrons dans leur intimité, mais c'est à nous qu'ils s'adressent. Sur un sol d'appartement posé là, arraché, dont les ferrailles sortent encore, recouvert d'un carrelage abîmé, de différentes couches de PVC, ils font claquer leurs baskets. Survêtements et maquillage de voiture volée, c'est ici qu'on se trouve, à notre époque, mais au beau milieu d'un appartement de banlieue, au milieu de nulle part et en face de deux jeunes. Deux chaises, une télévision, une radio, une table, un tiroir où l'on cache des petites choses, un réfrigérateur où l'on se cache. C'est là qu'évoluent les deux protagonistes. Quelques détritus sèment le désordre, saleté du lieu, désordre des souvenirs. Pourtant ce lieu est le lieu de parole, dans une famille « normale » on pourrait appeler cela la « cuisine », lieu convivial, « là où les disputes débutent, où les journées se racontent».

La lumière s'adoucit imperceptiblement. Lorsque la mémoire resurgit du passé ou que le désir ardent de s'exprimer met des mots sur l’indicible, elle redouble d'intensité, donnant un rythme soutenu, nous tenant en haleine.

Dans sa simplicité, la mise en scène s'appuie sur la puissance de l'imaginaire de l'enfance, papiers de chips, jouets, ballon.

Les deux comédiens, Baptiste Girard et Bess Davies, nous transporte avec eux, instaurent le lieu de la confession : « pas de celles que l'on hurle mais de celles que l'on raconte en confiance »[2].

« Cyniquement drôle. On n’y parle pas d'horreur avec horreur, mais avec finesse et humour »[3].


Les flashbacks sont ponctués de mises en abîme : la rencontre avec « Mr smart and Smile » nous projette sur un plateau de télévision américaine. Lors de la crucifixion, Michael, lui, nous transporte dans un tableau de Rembrandt. On peut parler ici de méta-théâtralité : les enfants, derrière les visages de nos deux comédiens, interprètent eux-mêmes les « héros » garants de leur condition pitoyable. Cette mise à distance fait de leur réalité difficile à admettre un music-hall macabre et burlesque, autant dans l'articulation des détails que dans l'extravagance des personnages. La source d'aspiration à peine perceptible au fond du gouffre de décrépitude où ils grandissent devient seule source de survie et c'est à ça que nous assistons : le brin d'humanité, de vie, sous les ordures.

Baptiste Girard traduit avec humour le côté onirique des situations d'où ressort avec plus d'ampleur un tragique bien réel. Il nous expose sans pathos la nécessité profonde de communication, la fuite du mutisme par tous les moyens, celle de « l'homme qui ne se rend plus compte combien il se détruit lui-même »[4].

 

 

DEBRIS1-cMaitetxu-Etcheverria.jpg © Maitetxu Etcheverria

 

Quelques liens :

Un pré-papier dans Sud-Ouest : http://www.sudouest.fr/2012/03/07/des-vies-comme-des-debris-652109-591.php

 

Le site du Collectif Os’O : http://www.collectifoso.com/debris/

 

Une critique de Diane Mespoulède sur le site Hppe:n : http://www.happen.fr/articles/theatre-/-danse/debris-et-moisissures-au-tnba-5996.html

 

Un entretien avec Baptiste Girard et Bess Davies sur Tv7 : http://ma-tvideo.france3.fr/video/338ae162e78s.html  

 

Pour aller plus loin :

 

Alors que Débris est une pièce réaliste et crue, comment le jeu des acteurs, la scénographie et la mise en scène, permettent-ils de donner du jeu à l’ensemble 

Quelle place l’humour occupe-t-il dans l’écriture et la mise en scène ? Comment permet-il de se décoller des situations ?

 

Article réalisé par Adeline Chaigne, Anne-Sophie Davidsen et Florent Tournier

 

 



[1] Les informations biographiques et cette citation sont issues du dossier de presse du spectacle, dossier disponible en ligne au lien suivant : http://canal-com.eu/TnBA/Saison_2011-2012/DP_TnBA_DEBRIS.pdf.

[2] Note d’intention de Baptiste Girard, dossier de presse du spectacle, http://canal-com.eu/TnBA/Saison_2011-2012/DP_TnBA_DEBRIS.pdf, p.4.

[3] Id.

[4] Id.

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Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 16:14

 

Etcetera, une chronique de la danse vue par Andréa Sitter

CCN, Ballet de Lorraine

 

 

Spectacle présenté le 15 mars au Carré des Jalles

 

 

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(c) CCN Ballet de Lorraine

 


Chorégraphie, intermèdes et textes : Andrea Sitter et Philippe-Ahmed Braschi // Intermèdes musicaux : Bruno Billaudeau // Film : Dominique Delouche // Extraits : Le Spectre de la Danse, repris du long métrage « Serge Lifar musagète » de D. Delouche // Costumes des Intermèdes et Défilé : A. Sitter et Martine Augsbourger // Lumières des Intermédes et Défilé : Olivier Bauer.

 

Chorégraphe : Andréa Sitter :

 

Andréa Sitter est une artiste allemande pluridisciplinaire. Elle a suivi une formation en danse classique et en danse contemporaine à l'Académie de Munich où elle rencontre de célèbres chorégraphes comme Alvin Nikolaïs et Pina Baush. En parallèle, elle se forme au théâtre et à la musique, soit au violon. Après avoir dansé ou joué pour Anne-Marie Reynaud ou encore Eugène Durif, elle fonde en 2005 sa propre compagnie « Die Donau », en hommage au fleuve qui traverse sa ville natale. A. Sitter s’intéresse beaucoup à la forme solo où elle laisse une place importante aux textes et met à profit ses multiples facettes pour créer des spectacles « hybrides ». Elle collabore en 2009/2010 avec Didier Deschamps pour apporter son regard sur l'histoire de la danse qu'il souhaite retracer.

 

Le Centre Chorégraphique National ballet de Lorraine :

 

Il est créé en 1978 mais se nomme à l'époque le « ballet français théâtre de Nancy » et est alors dirigé par Albert Cartier. L'évolution de la place donnée à la danse dans la région et la succession de directeurs ont amené une richesse de propositions centrées, entre autres, sur l'ouverture de la danse à un large public tout en préservant le langage classique. Il faut attendre les années 2000 et l'arrivée de Didier Deschamps comme directeur artistique pour y voir des chorégraphies contemporaines. Il est dirigé depuis la rentrée 2011 par Petter Jacobsson. Il est composé d'une trentaine de danseurs.

 

Présentation du spectacle :

 

Andéa Sitter explique : « Pour pouvoir mieux définir mon travail, j'avais besoin d'une image. Je vois une grande plaine, les différents soli représentent des poteaux électriques, que je relie les uns aux autres par un fil conducteur, en exploitant avec les danseurs les voies vocales, théâtrales et chorégraphiques ». (source : http://www.onyx-culturel.org/spip.php?article15).

 

Etcétéra est une sorte de recueil d'extraits de danses relatant des grandes chorégraphies du XXe siècle. A cette époque, la danse se caractérise par la distance qu'elle prend avec la danse classique. Effectivement, la « danse moderne » recherche notamment une expressivité des corps, mais selon les chorégraphes, la virtuosité et certains codes académiques reste prépondérante. Le titre illustre ici le fait que chaque extrait est un fragment dont la suite reste à découvrir. Ce spectacle à une importante visée didactique.

 

Les extraits présentés proviennent des pièces suivantes : Breakde Meredith Monk (1964, New York), Black and tan de Françoise Sullivan (1948), Dedale de Françoise Sullivan (1947) , Lamentation de Martha Graham (1930, New York), La mort du signe de Michel Fokine (1907, St Petersbourg), Broken man de stephen petronio (2002), Two de Russel Maliphant (1998), sont tous des solos. Sourire de fauves opus 2 de Maite Fossen pour 7 danseurs, Defiléde A. Sitter pour 14 danseurs (avec des références à Pina Bausch, Merce Cunningham et Michael Jackson).

 

Description de la mise en scène :

 

Différents supports ont été utilisé comme la photographie, la vidéoprojection, la voix off, et les intermèdes parlés. Les objets scéniques sont : un banc, un vidéoprojecteur et un écran, une vitre, des micros. La musique correspond à du jazz, du classique, des percussions, des bruitages et de l'électro. Différentes langues se font entendre : russe, anglais, français... Grâce à la lumière, Andrea Sitter joue beaucoup sur les contrastes.

 

Break :

Le premier solo a lieu dans un espace noir où sont disposées deux grandes plaques blanches, qui vont être le support du danseur vêtu d'un costume noir et d'une chemise blanche. Des bruits de voiture annoncent que le spectacle démarre. Il danse en silence, ponctué de temps à autre de bruitages ou de mots anglais.

 

Les transitions s'effectuent dans le noir. L'espace se vide. Aucun objet sur scène.

 

Dédale and black and Tan :

Quatre hommes entrent en scène reprenant le « pas de quatre » sur un air de danse classique. Ils sont nus, seules des feuilles cachent leur sexe. Puis un homme seul arrive au centre, il ne danse pas. Lorsqu'il se retourne, un drapeau américain qui part en fumée apparaît.

 

Lamentation :

Le corps d'une femme se réveille peu à peu sous une lumière type douche. Le thème abordé est la répétitivité, la résonnance.

 

« Il reste toujours un carré de lumière ».

 

Le public est surpris par une conversation en voix off, ils allument la salle. Puis les intermèdes relatant de l'histoire de la danse débute et s'enchaineront presque après chaque prestation.

 

 

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(c) CCN Ballet de Lorraine

 

Danseur faisant écho à l'Oiseau Feu d'Isadora Duncan. « Le corps révèle ce que l'on veut cacher ».

 

L'oeuvre est surprenante tant par sa diversité que par ses engagements. Elle dévoile l'aspect du corps dans son entier et met l'accent sur l'expressivité. Elle mêle les arts pour aborder de manière spectaculaire l'histoire théorique de la danse. Elle dit vouloir dénoncer la folie des hommes et prône le sourire comme une « ultime forme de résistance ».

 

« C'est, à l'origine, un spectacle et une conférence. Un choix de pièces majeures du répertoire moderne étaient successivement présentées par un bref texte dit au micro, puis dansées. Ce qui m'a été demandé, c'est une tentative artistique, celle de chercher et de donner mon propre regard sur ce regard. […] J'ai donc écrit : poème et mouvement, construit, entre les huit pièces du programme, des liaisons -où l'humour, la force de la simple présence physique et le drame ont leurs places-, un cheminement de chorégraphies, et de paroles portées par les danseurs. » Andrea Sitter (source : dossier de presse du spectacle : http://mutualise.artishoc.com/carcol/media/5/etcetera.pdf).

 

« La fin réalise ce que l'homme rêve ».

 

 

Quelques liens :

 

http://www.ballet-de-lorraine.com/#/compagnie

http://www.lecarre-lescolonnes.fr/site.php?rub=1&docId=218387

http://mutualise.artishoc.com/carcol/media/5/etcetera.pdf

http://www.josefnadj.com/accueil-studio-ouvertures/accueil-studio/compagnie-die-donau-andrea-sitter-444.html

 

Pour aller plus loin :

 

Comment la forme proposée par Andrea Sitter prend-elle corps (présentation des tableaux, jonctions...) et quelle cohérence structure l'ensemble ? Quelle est la teneur de l'ensemble et comment estimer cette "chronique" ?

Les outils critiques de théâtre sont-ils opératoires pour critiquer un spectacle de danse ?

 

Article réalisé par Florence Boileau, Pauline Blais et Natacha Lagière.


Par krinomen - Publié dans : Avant-papiers - Communauté : Spectacle vivant
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Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 14:02

 

 

Spectacle présenté au TnBA du 7 au 11 février 2012

 

10074.jpg © Tim Wouters1

 

Arthur Schnitzler naît en 1862 à Vienne. Johann Schnitzler, son père, laryngologue réputé, avait pour clients des comédiens et des cantatrices, qui donnèrent très tôt au jeune Arthur le goût du théâtre. À treize ans déjà, il avait écrit près de vingt pièces dans différents genres. Après avoir étudié la médecine et la psychiatrie, il obtient son doctorat en 1885  et travaille à l'hôpital général de Vienne. Il finit par abandonner cette carrière pour se tourner vers l'écriture, contre la volonté de son père. Arthur ne devient alors réellement écrivain qu'à trente et un ans, à la mort de celui-ci, en mai 1893. Il est l'auteur de pièces de théâtre, de nouvelles et de romans. Son univers onirique le rapproche des théories freudiennes. Celui-ci disait d'ailleurs : « Je pense que je vous ai évité par une sorte de crainte de rencontrer mon double ». Ses œuvres ont été très controversées, notamment en raison de leur description franche de la sexualité  et de leur opposition à l'antisémitisme . Schnitzler a en effet une écriture qui va chercher en profondeur la psychologie de ses personnages et qui permet de saisir de manière aigüe toutes les pensées les plus cachées d'un individu.

 

Le collectif belge tg STAN, formé en 1989, composé aujourd'hui de dix membres permanents, fut fondé par quatre acteurs diplômés du Conservatoire d'Anvers en 1989 : Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Waas Gramser et Frank Vercruyssen. Ils ne voulaient pas entrer dans une compagnie régie par la tyrannie d'un metteur en scène. En tant qu'acteurs, ils refusent toute hiérarchie et préfèrent se placer eux-mêmes au centre de leur démarche. Leur nom, S(top) T(hinking) A(bout) N(ames), traduit un rejet de tout dogmatisme. L'absence de metteur en scène renforce une grande unité entre les acteurs, qui leur permet de transmettre un message social ou politique fort. En effet, leur répertoire varié, qui va de Cocteau à Ibsen en traversant Anouilh et Wilde, marque leur démarche contestataire. Ils vont également à l'encontre d'une certaine forme de théâtre et privilégient la destruction de l'illusion théâtrale, le jeu dépouillé, et l'engagement rigoureux vis-à-vis du personnage et de ce qu'il a àraconter. L'absence de hiérarchie fait que le travail est réellement collectif. C'est donc vraiment un travail de discussion qui part du texte, et pas d'improvisation sur le plateau. Jolente de Keersmaeker explique ainsi : « Le spectacle se fait vraiment autour de la table. C’est seulement deux semaines environ avant la première qu’on commence à faire des répétitions de texte. Une semaine avant de jouer, on monte sur scène »2.

 

 

Pièce écrite en 1904 et créée en novembre 2009 (pour la version française) par tg STAN, Le Chemin solitaire fut suivi d'une grande polémique à l'époque car la pièce aborde l'adultère d'une mère avec le meilleur ami de son mari. Beaucoup de pièces ou de nouvelles, notamment La Ronde, étaient critiquées pour leur manière de décrire la sexualité. Très vite pourtant, l’émotion nous saisit devant le destin de Julian Fichtner. Ce célèbre peintre revient dans sa ville natale. Jadis, il a fait un enfant à la jeune fille qui lui servait de modèle, avant de choisir la liberté et de mener une vie égoïste tournée vers l’art et le plaisir. Cette jeune fille était fiancée à Wegrat, un ami de Julian, qui a élevé l’enfant comme le sien. Apprenant la mort de cette femme qu’il a aimée, Julian veut révéler la vérité à Félix, le seul enfant qu’il ait eu. Mais celui-ci, jeune officier de vingt-trois ans, n'est pas forcément prêt à entendre cette vérité. Julian n’est pas le seul à jeter un regard rétrospectif sur sa vie. Il y a aussi Irène, comédienne et ancienne maîtresse du peintre, restée célibataire, Von Sala, l’écrivain qui prépare une expédition pour l'Asie, Johanna, une jeune fille qui rêve de partir loin, Reumann le médecin, etc. Dès lors, le voyage que projette Félix devient le symbole de la quête des personnages : chercher dans le passé le sens de leur destinée. Le sujet de ce texte n'est pas un conflit entre plusieurs personnes : l'auteur nous livre leur psychologie et cerne peu à peu le désarroi des êtres.

 

Sur la scène se trouve un grand tapis blanc où sont éparpillés divers appareils électroménagers : cafetière, micro-ondes, grille-pain, bouilloire... Parmi tous ces éléments du quotidien se trouvent un broyeur rouge, objet inattendu, dans lequel un des acteurs mettra sa tête. Cette scénographie s'appuie sur des éclairages de couleurs différentes tantôt vives, tantôt sombres, qui changent la couleur de peau des acteurs, comme sur les photos ci-après. Parfois le public est éclairé à la place des acteurs. Des musiques variées sont très présentes, que ce soit en ouverture avec une musique psychédélique, pendant les changements d'acte ou avec le tourne-disque présent sur scène. Dès son entrée, le spectateur est confronté à un plateau démuni de pendrillons à Cour et à Jardin, ce qui laissait voir les poutres, les cordes et le mur du TnBA.

 

 

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                                                                © Tim Wouters

 

 

                    © Tim Wouters

 

 

Cinq acteurs interprètent tour à tour les huit protagonistes. Il suffit que les acteurs s'échangent une simple veste ou une sacoche pour faire comprendre qu'ils interprètent un autre personnage. Ces changements sont vifs et inattendus et peuvent survenir en interrompant une réplique. Les acteurs peuvent jouer de ces changements en s'adressant directement au public avec une phrase comme « Changement de rôle! ». Il devient alors difficile pour le spectateur de distinguer les personnages. La présence perpétuelle des acteurs sur scène due à l'absence de coulisses, oblige le spectateur à être encore plus attentif. Ce nouveau type de représentation marque l'envie de ne pas servir au public une lecture univoque du texte, mais seulement des outils qui permettent une invitation au voyage. Tout artifice qui s'approcherait d'un réalisme dramatique est banni et le texte devient une partition qu'ils donnent à entendre. Jolente de Keersmaeker dit aussi : « pour que l'échange ait lieu, on a besoin que le spectateur soit tenu en haleine »².

 

 

Quelques liens utiles :


- Le site de la compagnie Tg Stan : http://www.stan.be/content.asp?path=k1xr91jg

- Une vidéo du spectacle : 



 

 

- Entretien avec Jolente de Keersmaeker et Damiaan de Schijver sur un PDF du Festival d'automne: http://www.youtube.com/watch?v=bBW21_1aOoc

- Un article critique de Bruno Paternot : http://ilinferno.com/2012/02/02/collectif-tg-stan-le-chemin-solitaire-un-theatre-dacteur/

- Un article critique de Fabrice Chêne : http://www.lestroiscoups.com/article-le-chemin-solitaire-d-arthur-schnitzler-critique-de-fabrice-chene-theatre-de-la-bastille-a-paris-40673326.html

- L'article de la présentation de TnBA :http://www.tnba.org/event.php?id=470

 

 

Pour aller plus loin :

Dans la mesure où le spectateur doit être actif et où l'acteur met une distance avec le personnage qu'il incarne, pourrait-on rapprocher ce spectacle des théories développées par Brecht ?

Quelles seraient alors ses limites de cet usage des procédés brechtiens ?

Comment alors concilier le refus d'une illusion théâtrale pour ne servir que le texte et le plaisir du spectateur de venir au théâtre ?

 

 

Article rédigé par William Petipas, Kassandra Rathier et Laurentine Rumolino

 

 


 

2Extrait du Dossier de Presse du TnBA, interview de Jolente de Keersmaeker par Lise Lenne et Marion Rhéty.

Par krinomen - Publié dans : Avant-papiers - Communauté : Spectacle vivant
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Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 17:18

 

 

Spectacle présenté au TnBA du 14 au 17 février 2012

 

 

 

Georges Feydeau (1862-1921) est un auteur dramatique spécialiste du vaudeville. Il se consacre très tôt au théâtre et à l’écriture. C’est à la fin du XIXe siècle qu’il écrit ses pièces les plus fameuses (Un fil à la patte en 1894, Le Dindon en 1896). L’ensemble de son œuvre est majoritairement composé de vaudevilles, riches en quiproquos et comique de situations, mais aussi un recueil de monologues et une série de courtes pièces, appelées farces conjugales (Feu la mère de madame, par exemple). Ses pièces connaissent encore aujourd’hui un franc succès. Elles sont traduites dans des dizaines de langues et montées par de nombreux metteurs en scène. C’est le cas de Philippe Adrien.


Philippe Adrien s’est essayé à de nombreux métiers du théâtre. Il commence avec celui de comédien, puis devient assistant d’Yves Robert et de Jean-Marie Serreau. Dès 1965, il écrit ses premières pièces. Il succède à Antoine Vitez en prenant la direction du Théâtre du Quartier d’Ivry, puis fonde en 1985 l’ARRT (Atelier de Recherche et de Réalisation Théâtrale) à la Cartoucherie. Pour finir, il devient professeur d’interprétation au Conservatoire en parallèle de ses mises en scène.


Le Dindon est avant tout une comédie appartenant au genre du vaudeville. Il serait trop réducteur de résumer un Feydeau au schéma classique du triangle amoureux : mari-femme-amant. Certes, c'est une base récurrente dans ses œuvres, mais il faut ajouter à cela la multiplicité des personnages et la complexité des intrigues qui se font et se défont, l'art de manier le quiproquo, les retournements de situation, le mensonge, et bien plus encore.


Le Dindon, c'est l'histoire de Lucienne Vatelin, une femme honnête et fidèle, qui aime son mari Crepin qui lui suffit. Elle ne consentira à prendre un amant si, et seulement si, elle surprenait son mari dans les bras d'une autre, aux grands désespoirs de ses deux soupirants, Pontagnac et Rédillon. Malheureusement pour eux, Vatelin semble être la fidélité incarnée. Or, son ancienne maîtresse, Maggy Soldignac, arrive subitement de Londres pour raviver une flamme que Vatelin pensait laissée de l'autre côté de la Manche. Devant la froideur de Vatelin, elle menace de se tuer s'il ne lui accorde pas ses faveurs dans une chambre d'hôtel qu'elle a louée pour l'occasion. Piégé, il se confie à son "ami" Pontagnac, qui s'empresse de prévenir Lucienne. Entre temps, Mr Soldignac apprend à Vatelin qu'il vient à Paris pour surprendre sa femme en plein adultère avec son mystérieux amant, qui n'est autre que Vatelin lui-même. S'en suit une multitude de péripéties, de confusions, de rebondissement, de femmes cachées dans le placard, de maris empêtrés, et tout cela dans une seule chambre d'hôtel. Lucienne croit surprendre son mari dans le lit d'une autre, Pontagnac se voit accusé de deux adultères avec des femmes qu'il ne connait pas. Lucienne se rend chez Rédillon pour accomplir sa vengeance, puis change son fusil d'épaule en choisissant Pontagnac comme vengeur. Finalement, Vatelin est pardonné, Lucienne rassurée, Rédillon fatigué... Quant à Pontagnac, "c'était écrit [il] est le dindon " !

 

le-dindon-photo.jpg © Antonia Bozzi



La scénographie de la pièce se situe sur un plan surélevé qui occupe la quasi-totalité de l'espace scénique. Au centre de ce plan, les acteurs évoluent sur une tournette traversée par un mur qui contient une porte. Deux autres portes sur un cercle concentrique au disque, tournent autour du plateau. Ainsi, l'espace est le plus souvent constitué du mur et des trois portes. Les lieux changent instantanément lorsque le disque tourne. Un canapé à l’avant-scène et un autre sur à jardin échappent à ce cercle vicieux. Les acteurs ne sortent jamais en coulisse ; ceux qui ne jouent pas sont derrière le mur et peuvent changer le décor de la scène suivante. Dans sa mise en scène, Philippe Adrien ne se contente pas de faire claquer les portes, il les fait tourner !

 

 

La question du cercle est une thématique très importante dans la mise en scène de Philippe Adrien, ainsi que dans le texte de Feydeau. En effet, Lucienne avec son « trompe-moi et je te tromperai » met en lumière la fameuse loi du Talion qui plonge les personnages dans un cercle vicieux. Il est évident que Philippe Adrien a voulu donner une place toute particulière à ce cercle en le matérialisant physiquement sur le plateau. De plus, la musique qui accompagne les changements de lieux rappelle la mélodie des manèges, ceci peut-être une autre signification de ces différents cercles. Les personnages se cherchent, se trouvent, se perdent, se tournent autour, aussi bien au figuré qu'au sens propre.

Autres thématiques, cette fois-ci opposées, sont celles du réalisme et de l'onirisme dans la pièce. Pour ce qui est des décors, on peut tout à fait reconnaitre les intérieurs bourgeois du XIXe siècle, de même pour les costumes. Or, Philippe Adrien, glisse des éléments plus mystérieux, pour créer une atmosphère de rêve ou de cauchemar.

 

Quant au jeu des comédiens, on peut y voir un nouvel aspect du travail de Philippe Adrien sur cette pièce. L'accent semble être donné sur un jeu éxagéré, passant beacoup par l'expression du corps. Ainsi, beaucoup de personnages sont apparentés à des animaux, Rédillon joue le petit chien, et Pontagnac prend le rôle du taureau dans la scène de conquête (corrida) finale. Faire surgir l'animal des personnages va dans le sens d'un jeu corporel poussé, jusque dans l'expression de pulsions violentes. On rappelera tout de même que le personnage éponyme de la pièce est un animal, peut-être Feydeau lui-même aura-t-il soufflé l'idée à Philippe Adrien ?


Quelques pistes pour la critique :


Que signifie monter un Feydeau de nos jours ? Comment réactiver un genre traditionnel, parfois considéré comme obsolète ? Comment le vaudeville, genre qui vise en premier lieu le divertissement, oeuvre-t-il toujours sur les spectateurs d'aujourd'hui ? En quoi la mise en scène et la scénographie de Philippe Adrien lui permettent-ils de se distinguer d'autres mises en scènes de Feydeau ?


le-dindon-photos.jpg

© Chantal Depagne-Palazon

 

 

Pour aller plus loin :


Extraits du spectacle et interview de Philippe Adrien :

 


 

 Site du Théâtre de la Tempête : link  http://www.la-tempete.fr/actualites/index.php 

Site de l'AART : link http://www.arrt.fr/spectacles.php 

Articles : link http://www.la-croix.com/Culture-Loisirs/Culture/Actualite/Philippe-Adrien-met-en-scene-le-Dindon-la-machine-infernale-de-Feydeau-_NG_-2010-09-15-578680

 


 

Article rédigépar Claire Dobby, Samuel Knosp et Noémie Colardeau

Par krinomen - Publié dans : Avant-papiers - Communauté : Spectacle vivant
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Samedi 3 mars 2012 6 03 /03 /Mars /2012 19:15

  

 

Spectacle présenté du 2 au 11 février 2012 au Glob Théâtre

 

 

 

 

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Trois danseurs de Rage

 ©Pierre Planchenault

 


 

Anthony Egéa et la compagnie Rêvolution :


Anthony Egéa est un danseur et chorégraphe issu de la danse de rue.

Dès 1984, il amorce un long processus d'apprentissage de la danse hip-hop. C’est alors avec un certificat d’étude du Conservatoire National de Bordeaux et un brevet d’Etat d’éducateur sportif qu’il décide de faire carrière dans le domaine de la danse. Il continue son apprentissage à l’Ecole Supérieure Rosella Hightower de Cannes et termine ensuite sa formation au Dance Theater de Alvin Ailey à New-York.

Il crée sa propre compagnie (Rêvolution) en 1991 et son travail est essentiellement reconnu pour remettre en question la gestuelle des danseurs et le mélange des styles. Ensuite, il faut savoir que les œuvres de la compagnie sont le fruit d’un bon nombre de collaborations et de rencontres. Ainsi, des pièces chorégraphiques comme Amazones (2003), Soli (2005), ou Urban Ballet (2008), mêlent des styles très différents comme le hip-hop, le modern’jazz, ou encore, le contemporain. En 2012, il propose une nouvelle création (Rage) qui mêle encore d'autres styles de danse.


Le spectacle Rage :


Rage est l’histoire d’une rencontre, celle d’Anthony Egéa et de six danseurs africains. En effet, c'est lors d'une tournée du chorégraphe en Afrique de l'Ouest et Afrique Centrale (en 2009), qu'est née l'envie d'une création mettant en scène des danseurs africains. Ainsi créée en 2012 au Glob Théâtre de Bordeaux, elle est l’union de l’énergie du Krump (danse de rébellion née dans les ghettos américains), du hip-hop (très présent en Afrique), ainsi que des danses traditionnelles et contemporaines.

C’est une pièce sur « UNE Afrique contemporaine », une vision de ce pays animée par chacun des danseurs grâce à leur propre expérience et leurs vécus respectifs. Elle porte alors les échos d'existences violentes et révoltées. A travers cette pièce, Anthony Egéa veut « proposer des images et des états de corps qui nous interrogent ». Il essaye ainsi de chorégraphier véritablement des coups de nerfs, des états de transe. D’après lui, « les danseurs de ce projet sont au cœur de la création ».

 

L'essentiel de la scénographie peut se résumer à la mise en place de six enceintes (une pour chaque danseur). Ces enceintes qui émettent de la musique diégétique peuvent aussi éclairer certains éléments sur scène (principalement les danseurs). Elles sont déplacées tout au long du spectacle en fonction des différents tableaux.

Dans un premier temps, les danseurs sont assis sur les enceintes. C’est un moment en partie d’attente, où la pression du temps qui passe est palpable, mais où on assiste à une gestuelle quotidienne mise en relief avec de très beaux ensembles chorégraphiques. Ensuite, placées en cercle, elles forment un ring où les danseurs se retrouvent à « se battre » (de façon chorégraphiée, notamment avec des figures de hip-hop), dans un espace où la loi du plus fort l’emporte. Enfin, empilées, elles peuvent prendre la forme d’une estrade pour disc-jockey (symbolisant la fête et l’amusement) ou encore, celle d’un trône (symbolisant le pouvoir, but éternellement recherché par chacun).

L'éclairage constitue un élément essentiel de la composition. Il se définit par une ampoule au plafond, huit projecteurs rasants (quatre côté cour et quatre côté jardin), un carré de seize projecteurs sur le mur côté jardin, une lumière « disco » de toutes les couleurs au fond côté cour, un néon blanc que les danseurs manipulent durant la représentation, la lumière des enceintes, ainsi que le dispositif au plafond (qui permet l'éclairage en douche, etc). Cet éclairage relativement complexe est intéressant car il permet notamment de « transformer » le corps des danseurs : on découvre le dos, les muscles en mouvement et non le corps dans sa totalité.

Rage s’appuie donc principalement sur ces différents aspects : l’espace composé grâce aux enceintes, le temps divisé par l'intermédiaire des différents tableaux et la lumière qui permet d'éclairer cette description (originale mais réaliste) de l’Afrique. Point important du spectacle, l'Afrique est ici représentée dans une certaine globalité par la puissance des images, des sensations et des musiques, et elle est aussi évoquée en tant qu'ensemble de particularismes de différents pays et ethnies. La vision de cette Afrique « aux visages multiples » est exploitée et l'ambiguïté qu'elle fait apparaître est poussée à l'extrême lorsque les danseurs s'habillent avec des costumes de couleur (rouge, jaune, vert, bleu ciel, mauve et beige) pour « aller en boîte de nuit » : ils sont en fait projetés volontairement à contre-courant de la réalité africaine. Le passage entre ces deux mondes est donc souligné par le changement entre des costumes très simples (tee-shirts et pantalons gris ou blancs, parfois torse nus) et des costumes un peu extravagants. De même, jouant sur l'alternance des chuchotements et des cris et employant le français et des langues d'Afrique, on peut penser que la voix permet de renforcer cette image d'une Afrique aux différentes facettes.

 

 

Rage image 2

 

Trois danseurs de Rage

 ©Pierre Planchenault

 

 

Pour aller plus loin dans notre réflexion, on peut se demander :

 

La danse aurait-elle pu par elle-même, sans éléments de scénographie, être aussi significative ?

Quelle identité de l'homme le chorégraphe a-t-il voulu mettre davantage en avant : l'homme primitif, simple, combatif, qui se révolte, ou l'homme libéré de ses angoisses, qui sait bouger et s'amuser ?

La pièce aurait-elle eu le même impact si elle avait mise en scène des danseurs européens ?

Liens Internet :

Le site de la Compagnie Rêvolution : http://www.cie-revolution.com/compagnie.php

L'article de présentation du spectacle sur le site du Glob :

http://www.globtheatre.net/index.php?option=com_content&view=article&id=229&Itemid=314

 


Article réalisé par Julien De Las Heras, Sophie Abad et Alice Lejeau.

 

 

 

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Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 09:03

  

Spectacle présenté le 7 février 2012 aux Colonnes de Blanquefort


« Un homme doit jouer du théâtre.
Les spectateurs sont là, comme prévu.
Mais son spectacle, lui, l'a quitté ». 

(extrait de la bible du spectacle)



Furie : « fureur extrême qui éclate au-dehors avec violence, grand emportement de colère »[1]


Furie : spectacle de la compagnie La Martingale, créé en 2005, représenté plus de 200 fois à ce jour, écrit et joué par Jérôme Rouger, mis en scène en collaboration avec Jean-Pierre Mesnard et présenté aux Colonnes de Blanquefort le mardi 7 février 2012.


Furie expliqué dans une interview par Jérôme Rouger lui-même :

 

 

La Martingale est la compagnie théâtrale professionnelle fondée par l’auteur et comédien Jérôme Rouger et par le musicien Patrick Ingueneau en 1998. Elle est située à l’Archipel à Parthenay (79). La compagnie axe son travail autour des codes de la société et des codes du spectacle. Ainsi, ils montent en 1999 Police culturelle, premier spectacle de la compagnie qui se joue pour la rue.

La Compagnie reste très présente sur sa terre natale puisque depuis 2001 elle participe à la diffusion d’autres compagnies grâce à un printemps annuel théâtral. Jusqu’en 2009, elle prend en charge l’organisation du festival « Ah ? », maintenant géré par une association, qui a pour objectif de diffuser des spectacles, de développer la culture territoriale, la médiation culturelle, la production et la formation artistique. Durant deux ans (2010 et 2011) elle organise aussi un rallye de lecture théâtrale, « Dis donc ! », qui consiste à s’installer dans des jardins particuliers de la Gâtine et ainsi à faire découvrir le théâtre par la lecture.

 

 

Les co-fondateurs : Jérôme Rouger et Patrick Ingueneau dans le spectacle Trapèze, créé en 2003 :

 

FOTO5-161-2011-17.jpg       © DR – Frédéric Mercenier – Sandra Niot , Vincent Dumangin

 

 

Jérôme Rouger est auteur et comédien. Sans passer par une formation classique dans le domaine du spectacle vivant, il pratique le théâtre depuis son adolescence. Avec La Martingale, il crée Police Culturelle en 1999 où il invente le personnage de Bruno Delaroche, envoyé du Ministère et chargé de la démocratisation de la Culture. En 2003, il écrit et joue Trapèze avec Patrick Ingueneau et, à la mise en scène, Bertrand Suarez-Pazos et Jean-Pierre Mesnard (le spectacle est toujours en tournée et compte environ 150 représentations à ce jour). Dans ce spectacle, caractérisé de « flânerie verbale », il interprète Achille T., un personnage naïf tombé de son arbre généalogique. Deux ans plus tard, en 2005, il crée Furie puis Je me souviens en 2008, toujours avec Jean-Pierre Mesnard pour la mise en scène, spectacle croisant théâtre et vidéo établi sur le principe du « je me souviens » de Georges Pérec (le spectacle est également encore en tournée, avec plus de 200 représentations à ce jour). Avec Patrick Ingueneau, il vient de créer Inoffensif (titre provisoire), un spectacle qui joue et se joue des contradictions politiques[2]. 

 

 

INVENTAIRE DES INGREDIENTS DU SPECTACLE FURIE :


- un comédien
- un salle de théâtre avec un plateau vide
- une voix off de femme
- des musiques éclectiques (airs d’opéra, jingles, musique de fanfare) 
- un siège de théâtre
- un sandwich
- une plante verte
- un micro
- une feuille de papier
-une projection vidéo
-un public

INVENTAIRE CONCEPTUEL DU SPECTACLE :


- les codes théâtraux et sociaux

- le lien entre le comédien et le personnage

- la place et le rôle du spectateur

- la création politique et culturelle

- les attentes et la réception préconçue du public

- un récit d’histoire d’amour

- des personnages lambdas qui discutent et prennent la forme de l’alphabet (un dialogue entre un personnage A cynique et un personnage B bien-pensant)

- la recherche d’un spectacle disparu

- des annonces publicitaires

- une scène de danse

- un reportage télé en direct rapportant la prise d’otage d’environ deux cent spectateurs

- un rêve se mêlant à la réalité

- une lecture de lettre de rupture

 

      Jérôme Rouger raconte que lorsqu’il écrit Furie en 2005 il est en colère. Il souhaite monter un spectacle en réponse au spectacle vivant qui a un rapport de plus en plus étroit avec le produit de consommation. Comme dans un précédent spectacle, Police culturelle, Jérôme Rouger explore dans Furie les rapports entre art et société et aborde la question de la manipulation en amenant le spectateur à la réflexion. Il fait pour cela de nombreuses adresses aux spectateurs, rappelant le théâtre de rue : il les flatte et les insulte tour à tour, les implore, les fait rire, crée avec eux une complicité, ou les laisse dans l’attente voire le malaise. En les manipulant, il invite les spectateurs à reconsidérer leurs attentes et leurs comportements au théâtre et à être plus actifs.

 

Pouvons-nous employer les termes de non-spectacle pour désigner Furie ?

 

Pour aller plus loin sur le travail de Jérôme Rouger :

 

Le dossier de presse de Furie : http://www.lamartingale.com/images/pdf/furiejeromerougerdossier.pdf 

Le site de la compagnie : http://www.lamartingale.com 

Un extrait vidéo de  Je me souviens 


 

 


Pour poursuivre la réflexion :


 Jusqu’à quel point peut-on faire un spectacle sans spectacle ?

Aujourd’hui, y a-t-il encore des « barrières à faire sauter » au théâtre ? Quels moyens pourrait-on alors employer ?

Ne risque-t-on pas d’aller vers des formes trop extrêmes ? Y a-t-il une limite à ne pas dépasser ?

 

 

Article réalisé par Laurine Cochard, Juliette Morin et Alice Paillet.



[1] Dictionnaire de l'Académie Française (8ème édition), version disponible en ligne au lien suivant : http://www.academie-francaise.fr/dictionnaire/

[2] Les biographies complètes sont disponibles sur le site de la Martingale au lien suivant : http://www.lamartingale.com/index.php?option=com_content&view=article&id=46&Itemid=55

Par krinomen - Publié dans : Avant-papiers - Communauté : Spectacle vivant
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Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 18:37


Spectacle présenté le jeudi 26 janvier au Galet de Pessac



f-ae2-4b619d2c2f393.jpg © Cici Olsson


Le Chagrin des Ogres est la première production de la Cie Artara, compagnie belge créée en 2006 par Jeanne Dandoy, Vincent Hennebicq et Fabrice Murgia, ce dernier étant aussi le metteur en scène du Chagrin des Ogres. Avant tout acteur, il a reçu sa formation à l'ESACT (l'École Supérieure d'Acteurs de Liège) et enseigne à l'École Fotti Culture au Sénégal. On peut aussi noter qu'il est un artiste associé au Théâtre National.
Suivant le site de la Cir Artara, dans ses pièces, Fabrice Murgia cherche à « travailler de façon dialectique l'écriture de plateau, tenir un propos engagé sur le monde actuel, chercher la cohérence profonde entre une forme scénique et un sujet, associer narration et réflexion, créer une image scénique à la fois sensorielle et créatrice de distance » (http://www.artara.be/about.php link). Dans le Chagrin des Ogres, le croisement inter-disciplinaire est présent, avec notamment la collaboration de performeurs, vidéastes, plasticiens et musiciens.

Créé en 2008 à Liège, Le Chagrin des Ogres s'inspire d'histoires vraies au travers de deux personnages. Le premier est Laeticia, une jeune fille plongée dans le coma après une tentative de suicide qui, dans ses rêves, croit être Natacha Kampush, une jeune fille séquestrée dans une cave durant huit ans. Le second est Bastian, un adolescent marginal mal dans sa peau qui, après des mois d'annonces sur internet, décide de perpétrer une tuerie dans son lycée, en écho avec Bastian Bosse  qui, en novembre 2006, ouvre le feu dans son lycée et tue 15 personnes. Jouant avec l'enfermement des protagonistes au moyen de projections vidéo, ce spectacle propose également un troisième personnage, une femme au comportement enfantin vêtue d'une robe blanche ensanglantée, tour à tour complice et cauchemar des personnages, tel que le montre l'image précédente. Ce personnage à l'allure fantômatique et iréelle renforçe le côté onirique revendiqué du spectacle. D'une maîtrise et d'une force surprenantes pour une première création, Le Chagrin des Ogres a reçu en 2010 le prix Odéon-Télérama.

La scénographie de ce spectacle semble minimaliste et est pourtant très élaborée (cf. photographie 2). En effet, le décor se compose de deux vitres de forme carrée sur un fond noir en arrière-scène, de deux grandes tentures blanches (devenant bleues grâce aux jeux de lumières) et d'une balançoire côté cour. Derrière les vitres se trouvent les deux comédiens interprétant Laeticia (côté jardin) et Bastian (côté cour). Ils se filment eux-mêmes et l'enregistrement de leurs vidéos est projeté en direct sur le fond noir de la scène. La balançoire saccentue le côté enfantin du troisième personnage dont le micro trafique la voix pour lui en donner une de petite fille, mais cette modification renforce le côté inhumain et iréel de ce personnage. Parfois, le micro arrête de modifier la voix de la comédienne qui devient alors une femme, une adulte tyrannique, telle que des adolescents peuvent se la représenter (la mère colérique et effrayante de Laeticia par exemple).

            Chagrin-des-ogres-photo.jpg © Cici Olsson


On aime ou on n’aime pas, mais on ne peut pas ressortir indemne d’une telle représentation. Le jeu d’acteur est puissant, l’histoire laisse des traces. Un appel au secours désespéré mêlé à un message d’espoir. Nous pouvons finalement nous demander quelle place nous occupons, et si la réaction du public peut parfois s’avérer comme un problème dans une représentation contemporaine composée de « testaments d’enfants » (Fabrice Murgia)


« Le Chagrin des Ogres, c'est le récit d'une journée au cours de laquelle des enfants vont cesser d'être des enfants.[...] Le désespoir de ceux qui hurlent à l'aide, sans que l'on sache réellement lesquels d'entre eux détiennent des rêves et des bombes pour se venger de ceux qui ne les entendent pas.
Le Chagrin des Ogres, c'est notre façon d'enterrer notre enfance ».

Note d'intention de Fabrice Murgia, programme disponible au Galet de Pessac.



Le trailer du Chagrin des ogres :

 

 


 


 
Un extrait :

 

 


 

 

 

Pour en savoir plus :

Le site de la Compagnie Artara : http://www.artara.be/about.php  link
Présentation du spectacle sur le site Théâtre Contemporain : http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Le-Chagrin-des-ogres link
La critique de sur le site des Trois Coups : http://www.lestroiscoups.com/article-le-chagrin-des-ogres-de-fabrice-murgia-critique-de-fabrice-chene-centre-wallonie-bruxelles-a-paris-62063390.html link

Quelques questions :


Invitation ou répulsion ? Comment la puissance des images joue-t-elle avec et/ ou contre le spectateur ?
Comment l'esthétique forte de Fabrice Murgia sert-elle / dessert-elle le propos du spectacle ?




Article réalisé par Chloé Loustau, Lola Gutierrez, Béatrice Bonnin

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