Le "krinomen" est un débat critique qui regroupe les étudiants d'Arts du spectacle (théâtre et danse) de l'Université Bordeaux Montaigne, de la Licence 1 au Master 2. Ce blog constitue un support d'informations sur les spectacles vus pendant l'année, ainsi que le lieu de publication d'une partie des travaux réalisés en TD de critique (critiques de spectacles, entretiens...).
Spectacle présenté au TnBA du 12-14 décembre 2007
Résumé et notes de Catherine Marnas :
"Pierpont Mauler, roi de la viande et magnat de la conserve, veut se débarrasser de ses concurrents en les entraînant à la faillite, ce qui a pour effet « secondaire » d’accroître le chômage et le désespoir des travailleurs. Membre des Chapeaux Noirs, Jeanne Dark croit à la pitié, elle entend faire appel aux bons sentiments pour soulager la misère des travailleurs de Chicago.
A l’occasion de la visite des abattoirs à laquelle l’invite Mauler, elle découvre qu’en fait « les pauvres sont mauvais », que le chômage et le dénuement entraînent une dégradation de la morale. Jeanne se rend compte qu’en désamorçant la colère de ceux-ci par des consolations d’ordre uniquement spirituel, elle se fait la complice involontaire des industriels. Elle chasse les « marchands du temple » et du même coup perd son emploi. A Jeanne qui veut rester neutre est confié un message qui doit entraîner dans la grève une autre usine, mais les doutes l’assaillent en cours de route et elle déserte : la violence n’est-elle pas mauvaise en soi ? C’est l’échec de la grève générale, tandis que Mauler triomphe : il a monopolisé le marché. Jeanne, à l’agonie, est transportée à la maison des Chapeaux Noirs, où les fabricants de conserve étouffent sous des chants liturgiques ses ultimes supplications et la canonisent.
"LA PENSEE EST UNE ACTIVITE JOYEUSE !"
"Ce qui m’intéresse, c’est la récupération, cette capacité monstrueuse et tentaculaire du système capitaliste à tout récupérer. Tout est consommable, y compris la critique de la société de consommation. On n’arrive plus à s’abstraire de cette pensée-là ; on est totalement décérébré. Le « cerveau disponible pour Coca-Cola » nous concerne tous.
D’où l’intérêt de monter cette pièce que Brecht considère comme un divertissement.
Car, contrairement à ce que l’on croit souvent, Sainte-Jeanne des Abattoirs n’est pas une pièce didactique.
Brecht vise ici résolument le tout-public. Après l’Opéra de Quat’sous, il veut faire une œuvre populaire, mais il ne la verra jamais montée. De la même manière qu’il a utilisé les codes bourgeois pour les subvertir, il va utiliser les codes du divertissement pour dire exactement le contraire, d’où le parti pris de comédie musicale.
C’est essentiel, car bien au-delà de Sainte-Jeanne, pour moi, la pensée est une activité joyeuse. C’est du plaisir et du bonheur, et non pas de la souffrance."
Catherine Marnas